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Date de sortie 28.05.2012
S
18/20
par François Corda
Gageons qu’Alt-J a très bien choisi le titre de son premier album : An Awesome Wave*. On a en effet de bonnes raisons de penser que ce quatuor anglais a tout en main pour que la vague en question devienne un vrai raz-de-marée, public et critique. Car An Awesome Wave s’impose rapidement à l’oreille comme un disque rassembleur, ayant cette particularité de porter en lui deux pôles nets, culture pointue et pouvoir de séduction, qui au lieu de se confronter, s’attirent irrésistiblement. Un must de la pop assurément.
Un déclic survient très vite et annonce clairement l’expérience qui s’ouvre à nous par la suite. Ce déclic c’est le premier interlude de An Awesome Wave, soit le deuxième titre de l’album. Des voix angéliques, sorties d’une autre époque (blues du siècle dernier ?), se permettent un a capella aussi joueur que grandiose. Il fallait oser caler aussi rapidement dans un disque de pop cette étrangeté, ne pas briser une horlogerie impeccablement mise en place par une « Intro » prometteuse de rythmes et sons enjôleurs. Mais il se trouve que la mécanique d’Alt-J repose précisément sur une forme d’alternance via des ruptures de ton, que constituent les trois interludes notamment. Géniale idée, il se trouve que cette alternance entre classicisme et modernité qui inaugure An Awesome Wave « prépare » l’auditeur à la suite, à savoir une fusion douce et improbable qui va provoquer les grands moments du disque.
On parle de ces harmonies vocales inouïes (canon de chorale classique, flow de hip-hop, décidément on ne sait pas !) mêlées à un groove de diablotin. Est-ce d’ailleurs une batterie que l’on entend, ou bien une boîte à rythmes ? Difficile à dire. En tout cas l’association fait miracle. Parce que devant la science de la composition et du son, reposant sur une diversité d’influences et d’instrumentations ébouriffante, s’impose d’abord la limpidité des mélodies, un goût prononcé pour la simplicité. Si bien que les constructions élaborées en tiroirs, les cassures incessantes, toutes ces exigences coulent étonnamment de source. La belle naïveté de ton régnant sur An Awesome Wave est certainement en grande partie la cause de l’efficacité désarmante des compositions. La légèreté qui peuple les chansons est définitivement pop et efface sans mal leur discrète complexité.
On sent un groupe qui a la flamme, s’amuse de son érudition (de mélomanes, de musiciens), prend du plaisir à créer quelque chose d’inédit avec une certaine innocence. Est-ce le privilège de la jeunesse, comme on l’évoquait récemment au sujet du dernier Woody Allen, de pouvoir ainsi distraire et se distraire en étant si exigent avec soi-même ? Si l’on en juge par le parcours de Radiohead, mastodonte de la pop savante (et l’un des modèles d’Alt-J), on peut le penser. Les auteurs du mythique OK Computer fermant progressivement ses portes à l’efficacité au gré de son vieillissement. Pour l’heure les quatre anglais d’Alt-J font en tout cas office de relève très sérieuse pour ceux et celles qui sont en quête de musique à la fois évidente et classieuse.
*une vague impressionnante
Jacques Danvin :15/20
Marc Urumi :15/20
Martin Souarn :15/20
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